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Domiciliation suisse non résident : ce qui compte vraiment

Domicilier une société en Suisse sans y résider est possible, mais le registre du commerce, le droit des étrangers et la fiscalité posent chacun leurs conditions. Voici les points de contrôle, cas par cas.

Mis à jour le · Information générale, pas un conseil juridique ou fiscal pour une situation particulière.

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Dans cette page
  1. Trois questions avant toute adresse
  2. Ce que le registre inscrit, et ce qu'il demande
  3. Quatre situations concrètes
  4. Tableau de synthèse
  5. Ce que la domiciliation ne règle pas
  6. Si vous déménagez votre siège plus tard
  7. Questions fréquentes

Votre domiciliation suisse de non-résident se joue sur trois terrains distincts : ce que le registre du commerce inscrit, ce que le droit des étrangers autorise à la personne qui dirige, et ce que l'administration fiscale constate sur place. Réussir le premier ne dispense pas des deux autres, et c'est là que la plupart des projets se compliquent.

Trois questions avant toute adresse

Le mot « non-résident » recouvre des réalités très différentes. Avant de choisir une adresse, il faut savoir qui est concerné.

  • La société a-t-elle son siège en Suisse (Sàrl, SA, raison individuelle) ou n'est-elle qu'une succursale d'une entité étrangère ?
  • La personne qui la dirige habite-t-elle à l'étranger, ou compte-t-elle s'installer en Suisse ?
  • L'activité réelle se déroule-t-elle en Suisse, ou seulement l'adresse ?

Selon les réponses, la même adresse de domiciliation sera banale, délicate ou insuffisante.

Ce que le registre inscrit, et ce qu'il demande

Le registre du commerce distingue deux notions. Le siège est le nom de la commune politique (art. 117 al. 1 ORC). Le domicile est l'adresse précise à laquelle l'entité peut être jointe ; il peut s'agir de la sienne ou de celle d'un tiers, c'est-à-dire d'une adresse de domiciliation (art. 117 al. 2 ORC).

Pour un non-résident, c'est presque toujours la seconde situation. Quand la société n'a qu'une adresse de domiciliation, une déclaration du domiciliataire doit accompagner la réquisition ; l'ORC l'exige notamment pour la SA (art. 117 al. 3 et art. 43 al. 1 let. g ORC). Le détail de cette pièce est expliqué dans la page sur la déclaration du domiciliataire.

Si les circonstances laissent penser que l'adresse annoncée est en réalité une domiciliation non déclarée, l'office somme l'entité de produire cette déclaration ou les justificatifs d'une adresse propre, comme un bail ou un extrait du registre foncier (art. 117 al. 4 ORC). Dissimuler l'intermédiaire n'est donc pas une option : il vaut mieux l'annoncer d'emblée.

Quatre situations concrètes

Le frontalier qui lance son activité à Genève

Une personne vivant en France voisine et travaillant à Genève entre dans le régime du permis G. Pour les ressortissants UE/AELE, le SEM indique un retour en principe chaque jour, ou au moins une fois par semaine, à la résidence principale à l'étranger ; ce permis est valable cinq ans, et il n'existe plus de zones frontalières pour eux. Pour les autres nationalités, la LEI prévoit que le titulaire regagne au moins une fois par semaine son lieu de résidence à l'étranger (art. 35 al. 1 et 2 LEI).

Ce cadre vise le travail. Si vous souhaitez exercer comme indépendant, la question n'est pas l'adresse de la société, mais l'autorisation d'y travailler réellement : le point est à vérifier auprès de l'autorité cantonale avant de signer quoi que ce soit.

Le ressortissant de l'UE qui veut s'installer comme indépendant

Un ressortissant UE/AELE qui entre en Suisse pour travailler à son compte reçoit une autorisation de séjour B UE/AELE valable cinq ans, à condition de prouver qu'il y exerce effectivement une activité indépendante (fiche SEM). Le mot décisif est « effectivement » : une adresse de domiciliation seule ne prouve rien. La LEI ne s'applique à ces personnes que dans la mesure où l'accord sur la libre circulation (ALCP) et l'accord AELE n'en disposent pas autrement, ou si elle prévoit des règles plus favorables (art. 2 al. 2 et 3 LEI).

L'entrepreneur hors UE/AELE

La porte est plus étroite. L'admission pour une activité indépendante suppose quatre conditions cumulatives : l'intérêt économique du pays, les conditions financières et d'exploitation, une source de revenus suffisante et autonome, et le respect des conditions des art. 20 et 23 à 25 LEI (art. 19 LEI). Une société domiciliée en Suisse ne remplace aucune de ces conditions, et la constituer avant d'avoir clarifié le permis expose à une société sans personne autorisée à la diriger sur place.

La société étrangère qui ouvre une succursale

Ici, il ne s'agit pas de domicilier une société suisse, mais d'inscrire un établissement. Les succursales sont inscrites au registre du lieu où elles se trouvent (art. 931 al. 2 CO). Leur inscription mentionne la qualité de succursale, son siège et son domicile, son but et les personnes habilitées à la représenter (art. 110 al. 1 et art. 114 al. 1 ORC). Pour une entité dont le siège est à l'étranger, la réquisition comprend notamment un extrait actuel attesté conforme du registre du siège principal (ou une pièce officielle équivalente), les statuts attestés conformes et le procès-verbal de création de la succursale (art. 113 al. 1 ORC).

La raison de commerce doit rester la même que celle de l'établissement principal, avec le siège principal, celui de la succursale et la mention « succursale » (art. 952 al. 1 et 2 CO). Les différences avec un véritable siège sont détaillées sur la page siège et succursale.

Tableau de synthèse

Situation Point de contrôle principal Où il se règle
Frontalier indépendant Autorisation de travailler, retour à la résidence Autorité cantonale, SEM
Ressortissant UE/AELE s'installant Preuve d'une activité effective Office cantonal de la population
Entrepreneur hors UE/AELE Quatre conditions cumulatives de l'art. 19 LEI Autorité cantonale et fédérale
Société étrangère avec succursale Pièces du siège principal, représentants Registre du commerce du lieu de la succursale

Ce que la domiciliation ne règle pas

Une adresse permet d'être joint. Elle ne crée ni lien avec la Suisse ni activité. Trois risques reviennent régulièrement pour un non-résident :

  • La direction. Le droit des sociétés attend en principe qu'une personne domiciliée en Suisse puisse représenter la société. La règle varie selon la forme juridique : à confirmer avant la constitution.
  • La substance. Une société sans activité, sans décision prise sur place ni moyens propres attire l'attention. Le sujet est traité dans substance économique et, pour son versant le plus risqué, dans domiciliation de complaisance.
  • La fiscalité. Le siège statutaire n'épuise pas la question de l'imposition, qui dépend aussi du lieu de la direction effective. Voir impôts et lieu du siège ; la TVA suit ses propres critères.

À cela s'ajoutent les obligations d'identification de votre domiciliataire, abordées dans KYC et blanchiment : attendez-vous à fournir des pièces sur vous et sur les ayants droit économiques.

Si vous déménagez votre siège plus tard

Un non-résident qui s'installe en Suisse, ou qui change de canton, devra transférer le siège. Le transfert entre arrondissements de registre passe par une réquisition au nouveau siège ; l'office de l'ancien siège radie sans nouvel examen, et les deux inscriptions sont faites le même jour (art. 123 al. 1 et 3 et art. 124 al. 1 et 2 ORC). Pour une personne morale, il faut la décision de modification des statuts, un exemplaire attesté conforme des nouveaux statuts si nécessaire, et les signatures légalisées (art. 123 al. 2 ORC). Pour une Sàrl, la décision exige les deux tiers des voix représentées et la majorité absolue du capital social ayant le droit de vote (art. 808b al. 1 ch. 10 CO). La marche à suivre complète figure dans la page transfert de siège.

Questions fréquentes

Peut-on domicilier une société suisse sans jamais venir en Suisse ?

Le registre accepte une adresse de domiciliation avec la déclaration du domiciliataire. En revanche, d'autres exigences, comme la représentation de la société et le permis nécessaire pour y travailler, ne se règlent pas par une adresse. Une analyse de votre situation reste nécessaire.

Un permis G me permet-il de diriger ma propre société ?

Le permis G encadre l'exercice d'une activité lucrative avec retour régulier à la résidence étrangère. Que l'activité soit salariée ou indépendante change les conditions : il faut vérifier auprès de l'autorité cantonale compétente.

L'adresse d'un tiers doit-elle apparaître au registre ?

Oui, la domiciliation fait l'objet d'une déclaration, et l'office peut demander des justificatifs s'il soupçonne une domiciliation non annoncée. Voyez la page sur l'adresse c/o pour la différence de forme.

Une succursale est-elle plus simple qu'une société ?

Elle évite de constituer une personne morale suisse, mais elle exige des pièces officielles du siège étranger et reste liée à la société mère. Son radiation passe aussi par les autorités fiscales, qui doivent approuver (art. 115 al. 1 et 2 ORC).

Quelle est la différence entre le siège et le domicile inscrits ?

Le siège est la commune politique ; le domicile est l'adresse exacte où l'on peut vous joindre. D'autres adresses suisses, comme une case postale, peuvent s'y ajouter (art. 117 al. 5 ORC).

Comment choisir un domiciliataire quand on vit à l'étranger ?

Le critère décisif est la capacité à gérer le courrier, à fournir la déclaration et à répondre aux autorités. La page choisir un domiciliataire détaille les points à comparer ; notre accompagnement administratif se décrit dans la page offres.

Faut-il d'abord le permis ou d'abord la société ?

Cela dépend de la nationalité et du projet. Pour un ressortissant hors UE/AELE, constituer la société avant d'avoir clarifié l'admission est rarement judicieux ; un conseiller peut ordonner les étapes.

Sources

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